Grangeneuve: les stratégies de défanage de pommes de terre au banc d’essai
L’institut agricole fribourgeois de Grangeneuve a mené, fin juillet 2022, des essais pour évaluer le niveau d’efficacité du défanage de pommes de terres en alternative au Réglone (diquat) dans le contexte du retrait de l’homologation en Suisse de cette matière active depuis début juillet 2022.
21.07.2022
Ce jeudi 21 juillet s’est tenu une matinée de présentation d’essais de défanage, à proximité de Fribourg. Organisé par l'Institut agricole Grangeneuve, cet événement concernait les alternatives à la matière active diquat (commercialisée par Syngenta sous le nom de Reglone), interdite en Suisse depuis le 1er juillet 2022. Le rendez-vous, animé par la collaboratrice scientifique de Grangeneuve Claudia Degen, a attiré une petite centaine d’agriculteurs.
Les essais ont été menés sur trois variétés de pommes de terre se distinguant par leur niveau de précocité: Lady Rosetta (assez précoce), Fontane (plus tardive) et Markies (forte vigueur du feuillage). Plusieurs modes de défanage ont été testés: arracheuse de fanes néerlandaise Vegniek DiscMaster, défaneuse électrique Crop.Zone, broyeurs de fanes Ropa et Grimme. Ces interventions ont été combinées éventuellement avec un à trois passages de défanant chimique de synthèse (Spotlight plus) et/ou naturel (Siplan, dont le coût élevé à l’hectare avoisine les 250 francs).
Défanage mécanique ou électrique
L’arracheuse de fanes portée DiscMaster du constructeur Vegniek, pesant 1,8 tonne, était attelée à un tracteur Case IH Maxxum 135. Cet outil, animé hydrauliquement et disponible en 2 et 4 rangs, est actuellement en test auprès de la coopérative de sélectionneurs de Düdingen (FR). Le modèle 4 rangs requiert un système hydraulique load sensing. Son travail requiert un broyage préalable des fanes. La vitesse de travail est comprise entre 1,5 et 2 km/h, pour un rendement de 60 à 80 ares/h. Compte tenu de son prix de CHF 65 000,-, le coût d’utilisation atteint 250 CHF/ha. Cette machine fonctionne bien mais n’est pas adaptée pour les sols caillouteux ni pour les parcelles en pente.
Le système de défanage électrique Crop.Zone, ici mené par Claas Arion 460, est proposé en prestation par Agroline en partenariat avec les magasins Landi participants (voir encadré dédié à cet équipement p.50 de notre numéro d'août 2022). Le traitement a lieu à 4 ou 4,5 km/h, mais à vitesse plus réduite sur la variété Markies. La machine fournit des résultats intéressants mais pour atteindre le niveau d'efficacité rechercé, son action doit être associér systématiquement combinée à celle d'un herbicide.Son effet sur la biodiversité du sol doit encore être vérifié.
Broyage à 100 CHF/ha
Les participants ont ensuite pu observer une démonstration de deux broyeurs, dont la vitesse de croisière est comprise entre 6 et 10 km/h dans de bonnes conditions. Steeve Cotting, agriculteur et par ailleurs membre de la commission information de l’ASETA, avait apporté pour l’occasion son broyeur Ropa KS 475 à couteaux et lames latérales, attelé à un Fendt 211 Vario chaussé de roues étroites. Le prix de l’appareil avoisine CHF18 000,- options comprises. Romain Mottaz, conseiller en vente chez le concessionnaire Christan SA de Chandon (FR), présentait de son côté un broyeur Grimme KS 75-4 (4 rangs et 75 cm d’interrang), couplé à un New Holland T5.140 muni de roues de 270 mm de large. Il pèse 1050 kg. Le tarif incluant les roues arrière de type «roule-buttes» atteint CHF 17 000,-. Le coût de broyage estimé est d’environ 100 CHF/ha.
Avantage au broyage + défanant chimique
Il ressort de ces essais que dans les conditions de l’expérimentation, l’utilisation d’un broyeur associé à un traitement de «Spotlight plus» fournit un résultat équivalent à celui du Reglone, y compris sur la variété Markies au feuillage prolifique. « Cette combinaison-là peut être privilégiée dans la mesure où la production n’est pas soumise à un cahier des charges limitant ou interdisant le recours aux herbicides de synthèse», conclut André Chassot, responsable de secteur productions végétales à Grangeneuve.
Pour en savoir plus : l’institut de Grangeneuve devrait publier sous peu un rapport d’essais à ce sujet.


